Le nomadisme en Mongolie

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Du nord au sud de la Mongolie, pas de cultures, pas de rizières, pas de champs accrochés aux flancs des montagnes, pas de haies bordant les terres. Ce n'est qu'étendues sans limites, steppes rongées par les déserts, du Turkestan à la mer Caspienne. Le climat interdit toute culture intensive ; seuls les grands troupeaux prospèrent. Nomades, les Mongols ont toujours réglé leur vie sur la faim de leurs troupeaux, se repoussant les uns des autres pour conserver ou acquérir les meilleurs pâturages. A l'origine, les tribus mongoles vivaient en petits clans, plus ou moins sédentaires, autour d'un chef. L'accroissement de la population, la recherche de nouveaux pâturages pour leurs chevaux ou de meilleurs terrains de chasse, les dissidences et incompatibilités les amenèrent bientôt à se déplacer, toujours par petits groupes.

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Cependant le nomadisme n'est pas né directement de l'économie de chasse primitive. On a découvert que l'agriculture, antérieure au nomadisme, allait déjà de pair avec l'élevage que pratiquaient les tribus, après s'être approprié des troupeaux sauvages. Les pasteurs nomades semblent être des descendants de peuples qui abandonnèrent assez tôt la culture, à laquelle le sol mongol n'est pas particulièrement favorable, alors que toutes les conditions naturelles du pays le prédisposaient à l'élevage.

Durant des siècles, l'agriculture fut donc inexistante en Mongolie, sauf pour les besoins des lamaseries et des colons chinois. Et l'élevage a prédominé, déterminant un mode de vie original et créant ses traditions et ses coutumes. On comprend pourquoi les Mongols furent, jusqu'à des temps récents, des nomades dans l'âme. D'ailleurs, le verbe Khorgodakh, "résider continuellement à la même place", se teinte d'une nuance de mépris dans les bouches et dans les dictionnaires.

Ceux qui pratiquent encore le nomadisme effectuent une vingtaine de déplacements annuels, à la poursuite sans fin d'eau et d'herbes nouvelles. En hiver, s'y ajoute la recherche d'endroits abrités des bourrasques de vent. Les vicissitudes de la vie nomade obligent à une observation météorologique constante. Innombrables sont les proverbes et dictons concernant les éléments. Les prévisions s'attachent à l'état du ciel, aux astres, aux vents, aux brumes, aux échos, au comportement des bêtes, aux fumées, à la lassitude du corps. Plus que tout, on redoute le zud, ou gel précoce, formant une croûte dure sur la neige et pouvant, dans les pires cas, durer des mois. Son apparition fait dire qu'un malheur ne vient jamais seul. Les pas résonnent alors sur le sol gelé, la sueur se fige en perles au pelage du bétail qui "vacille de maigreur". Quand le zud s'éternise, c'est la disette.


Image ActiveQuand le vent du nord balaie la neige, la plaine s'ouvre en hautes vagues blanches, qui retombent en avalanches et ensevelissent troupeaux et bergers, malgré les offrandes et les amulettes censées les protéger. A ce sujet, disons qu'à part les carnages ou égarements concertés qui étaient destinés à contrer la collectivisation, de nombreuses pertes de bétail sont dues à des causes naturelles, intempéries ou épizooties. Sans parler du vol, contre lequel on a coutume, le soir, de lisser le sol autour de l'enclos avec une large planche, pour pouvoir repérer, le lendemain, les traces des malfaiteurs et la direction de leur fuite. Récemment encore, les produits de l'élevage étaient toute la vie. Que serait-on devenu sans le bétail qui à lui seul fournissait tout le nécessaire? Le transport, la chair et le lait, le feutre de la tente, la laine du vêtement, et jusqu'au combustible. Puisqu'on produisait tout, on pouvait ne pas débourser un sou pour vivre. Rien ne restait inemployé, on utilisait même les panses comme garde-manger! Que souhaiter de plus ?

Mais ce nomadisme traditionnel avait beaucoup de limites. Sans soins vétérinaires, sans stabulation à la mauvaise saison, sans constitution de réserves de fourrage, sans aménagements particuliers de points d'eau hors d'un réseau hydrographique naturel clairsemé et capricieux, le très bas niveau technique de l'élevage, qui se ramenait au choix empirique (d'ailleurs fort important et généralement judicieux) des types de pâturages en fonction du bétail élevé et des saisons, entraînait des pertes importantes en produits de grande valeur, tels les laines et les cuirs, en même temps que des pertes brutales causées parmi le cheptel par des intempéries et des épizooties les unes et les autres incontrôlables dans ces conditions.

Aujourd'hui, le nomadisme proprement dit, qui englobait et déterminait la totalité des activités rurales, se substitue de plus en plus à une organisation de l'élevage. Dans ce système, les rotations périodiques sur des trajets extensifs conservent une grande importance, mais on voit apparaître également une stabulation hivernale en rapide développement, et la spécialisation des troupeaux pour l'utilisation plus intensive de types de pâturages correspondants. La politique mongole consiste à réduire progressivement les déplacements des troupeaux en sélectionnant les races qui conviennent le mieux aux différentes régions, en créant des cultures fourragères pour la nourriture d'hiver, en utilisant rationnellement les pâturages. Ce nomadisme restreint au cadre de l'annak (district) permet l'organisation de centres médicaux, vétérinaires, scolaires et postaux.